Logiques impériales et politique égalitaire : une histoire de l’Occident

Dans la nasse

Lecture du livre d’Ivan Segré, L’Occident, les indigènes et nous, paru en 2020 aux éditions Amsterdam.

“…l’hégémonie capitaliste, apparue d’abord en Europe occidentale, depuis Venise et Bruges jusqu’à Séville, Lisbonne, Amsterdam, Londres, New-York puis Los Angeles, Tokyo, Pékin, Delhi, etc., si on la définit avec Braudel comme “une accumulation de puissance (qui fonde l’échange sur un rapport de force autant et plus que sur la réciprocité des besoins)”, de quelle matrice procède-t-elle? Et son analyse doit-elle nous conduire à incriminer les “idées de progrès et de développement” ou une organisation rationnelle de la prédation? Interrogeant les pôles, l’Occident et les indigènes, tâchons de rassembler nos pensées, nos raisons, nos visions, sachant que “dans le Zohar l’histoire de rabbi Siméon, qui brûle comme le feu, est actuelle comme le feu”, (Ivan Segré, L’Occident, les indigènes et nous, Ed. Amsterdam, 2020, p.47).

Ainsi Ivan Segré pose-t-il, à la fin de son introduction, la problématique à laquelle durant un peu plus de quatre-cents pages profuses en références et citations, il s’emploie à répondre.

La question essentielle qui semble sous-tendre toute son enquête historique, adossée à nombre de travaux d’historiens – lui qui est philosophe et talmudiste – sourd d’une distorsion qui fait jour depuis quelques temps désormais entre une contestation de l’Occident comme entité culturelle, sur fond d’un fumet de choc des civilisations” montant à nouveau, et des visées progressistes, égalitaires pour mieux dire dont certains des contestataires se revendiquent.

L’enquête menée se veut résolument matérialiste, scrutant avec minutie chacune des propositions essentialistes à quelque bord idéologique qu’elles puissent être rangées. 

Une logique impériale et non de civilisations

L’une des thèses à laquelle s’affronte la démonstration du philosophe est celle interprétant l’histoire comme fondamentalement déterminée et en dernier ressort par la guerre d’entités culturelles, de “civilisations”, formulée avec force par Samuel Huntington dans un ouvrage paru en 1996. Parmi cette histoire faite de guerres civilisationnelles, l’Occident aurait abouti aujourd’hui à l’incarnation d’un monde libre fruit du développement capitaliste, où ce dernier et la démocratie se conditionneraient.

Sans occulter la part conflictuelle propre à l’histoire, l’auteur procède en trois “mouvements”, qui constituent autant de parties, à la restitution de la généalogie de l’hégémonie capitaliste et de sa contingence occidentale (autrement dit : il n’y eut aucune nécessité “culturelle” à ce que la dynamique capitaliste fût issue de l’occident, mais des conjonctions circonstancielles de facteurs politiques, stratégiques et matériels). 

D’emblée l’auteur écarte une lecture de l’histoire qui mettrait aux avant-postes comme moteurs premiers de corps de doctrines religieuses, d’idéologies qui mèneraient le monde comme pilote dans son navire. 

L’anthropologie à laquelle I.Segré fait cas est une anthropologie qui accorde à la religion ou à l’idéologie sa juste place, c’est-à-dire que selon le contexte social et politique, donc les enjeux matériels et de pouvoir, celle-là peut donner lieu à des pratiques et interprétations différentes, pouvant être aussi bien égalitaires (l’auteur dirait “progressistes”) ou réactionnaires, sans jamais minorer le levier subjectif et collectif que constitue une religion :

Les conflits mêlent bien souvent les facteurs civilisationnels (ethnico-religieux) et les causes matérielles (économiques et sociales). Et se rendre aveugle à telle ou telle dimension ne favorise jamais l’intelligence d’un problème. Mais il ne saurait être question de s’interdire, par principe, de reconnaître le “faux-nez d’intérêts divers” dans bien des logiques ethnico-religieuses et conséquemment de juger opératoire la formule générale d’Alain Badiou au sujet des intégrismes :”Ce sont des formations contemporaines […] improductives sur le plan proprement religieux, mais virulentes dans l’espace qu’elles assignent, et qui est la conquête du pouvoir.”Ainsi, pour prendre un exemple parmi d’autres, le discours antimusulman tenu au cours des dernières décennies par le BJP – le parti nationaliste jindou – appelant parfois au pogrom, n’a semble-t-il pas pour but d’exalter l’hindouisme mais de contrecarrer les revendications des castes opprimées en recentrant les débats sur l’antagonisme religieux, de manière à marginaliser la question sociale. (p.74)”

S’appesantissant sur l’exemple historique aussi bien que légendaire de la bataille de Roncevaux, I. Segré fait fond sur les travaux de l’historien Massimo Guidetti, desquels il infère que “ce ne sont pas tant les fidélités religieuses qui déterminent les alliances que les rivalités d’ordre militaire, économique et géopolitique, d’où l’alliance de la Papauté, du souverain franc et de l’Empire abbasside contre Constantinople, elle-même alliée aux Omeyyades.”

Ainsi le facteur ethnico-religieux, qualifié aussi de dogmatique, n’est pas déterminant dans l’histoire, sinon “conjointement à une détermination matérielle (cynique) dont il tire, en dernière analyse, sa force de conviction.”

Aussi, reprenant les fines analyses de Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau, I. Segré constate-t-il que les “traits invariants” de la conflictualité dans l’histoire du monde, entre puissances, ne sont pas tant des civilisations que des logiques impériales. Les déterminations rendant raison des conflits, entendu que ces derniers sont la trame de l’histoire, sont d’après l’auteur de nature géopolitique, économique et sociale. Il n’en demeure pas moins pour lui que le facteur religieux ou ethnique constitue une force idéologique partiellement autonome, et qui peut atteindre jusqu’à la psychose paranoïaque plutôt que l’affirmation conquérante. Et le philosophe de citer en exemples le massacre des Juifs par des croisés en route pour Jérusalem ou les chambres à gaz nazies succédant aux Einsatzgruppen, irréductibles à des déterminations économiques.

Quant à la catégorie civilisationnelle d’Occident, qui désigna longtemps l’Europe, celle-là n’est à la lumière de l’histoire qu’une construction rétrospective qu’illustre la naissance du mythe de Charles Martel, dont la trame vérace tranche davantage du raid mineur, “arme classique d’Islam impérial”, et qui doit sa survie mémorielle à sa récupération idéologique et discontinue depuis 1880 par le courant nationaliste et l’extrême-droite en France.  Cet intérêt même pour la bataille de Poitiers émergea en outre à l’heure où la monarchie de Juillet s’engageait en Afrique du Nord. Les notions d’Europe et d’Occident ne sont, à l’aune des démonstrations et analyses mobilisées par l’auteur, que des constructions a posteriori venant sanctionner des logiques impériales, de conquête.

L’hégémonie occidentale, finalement très récente à l’échelle de l’histoire, prend son essor entre le XVe et le XVIIIe, sur ses versants géopolitique, militaire, marchand, juridique, scientifique et technique. Il n’y a là aucun creuset culturel, civilisationnel extravasant son flot continu de conquêtes et de développement capitaliste. Comme le rappelle I.Segré, la Chine était bien mieux placée que l’Europe occidentale pour entamer une expansion militaire et marchande, son développement technique et économique étant alors supérieur à celui de la chrétienté occidentale. Mais ses intérêts politiques, économiques, stratégiques internes lui firent abandonner ces velléités outremarines : son expansion fut intérieure et sur la base d’une « révolution verte ».

Loin donc d’incriminer « les religions » supposées intrinsèquement meurtrières, et au rebours des affirmations de l’historien Eli Barnavi, I. Segré identifie bien davantage la logique de conquête, qu’elle relève de l’économie ou du militaire, la première s’adjoignant le second à un moment ou un autre de son histoire.

Le capitalisme n’est pas une voie vers un monde plus civilisé, il en est bien souvent l’exacte condamnation

La Rébellion d’un esclave sur un navire négrier», par Edouard Antoine Renard, 1833. © Photo Josse/Leemage.

En effet, loin d’assister dans l’histoire à un adoucissement, une pacification des sociétés par le capitalisme, l’auteur rappelle le creuset destructeur où ce dernier émergea : le mercenariat, et l’introduction des armes à feu : « Après la diffusion des armes à feu, le vassal féodal ou le bourgeois de la ville ne pouvait plus faire la guerre avec ses propres armes à feu, surtout des canons, de même que dans la construction des forteresses toujours plus sophistiquées. Les unes et les autres devaient être payées en argent, ainsi que les soldats de métier – les mercenaires – aux mains desquels était passée la conduite de la guerre. […]La monnaie commençait ainsi, beaucoup plus que pendant l’Antiquité, à pénétrer en profondeur dans la société et à dissoudre l’agriculture locale […] par la soif insatiable d’argent suscitée dans les Etats par la concurrence militaire à laquelle ils ne pouvaient pas se soustraire » (Anselme Jappe, Les Aventures de la marchandise, Paris, La Découverte, 2017, cité p.111).

Mais cette effraction du capitalisme par et pour la violence meurtrière n’est point un évènement fortuit, aux confins de l’anecdote et du hasard inexplicable, se résumant au mobile de armes à feux. La trame tout entière de l’histoire de l’expansion capitaliste se fonde sur l’itération du « pillage, du vol, de la rapine, de la conquête, c’est à dire l’appropriation sans médiation, par la force, de la « production » » (Alliez et Lazzarato, Guerres et Capital, Paris, Amsterdam éditions, cité p. 145).

Segré souligne par ailleurs, avec force études et analyses, que la traite africaine se développa grâce à l’essor des circuits marchands depuis la période s’échelonnant entre le VIIe et le IXe siècles, lesquels circuits constituèrent un facteur d’expansion exogène de l’esclavagisme, conduisant à infirmer toute proposition qui identifierait ce dernier comme le fruit de caractères endogènes au continent africain. Deux principales demandes seraient donc à l’origine du fait esclavagiste en Afrique : une première, musulmane, est féodale ou aristocratique, la seconde est marchande ou bourgeoise.

Cette appropriation violente perdure et indique par-là une grande continuité historique notamment au travers du cas archétypal de l’esclavage : après les XIe et XIIIe, moment de développement économique dans l’Europe occidentale, l’on assiste aux XIVe et XVe à l’instauration d’un « second servage » à l’Est (Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe-XVIIIe, Paris, LGF/Livre de poche, 2000, cité p.192), ou « réaction seigneuriale » dans lequel d’aucuns historiens identifient une sorte de sous-traitance des « slaves »(« slavons », qui donnera « esclave ») dans une économie d’exportation alimentant les circuits marchands occidentaux. Il n’y eut pas de discontinuité fondamentale entre l’essor du capitalisme et son expansion, et les situations d’esclavage antique et de servage médiéval. Le capitalisme puisa sa force dans l’esclavage et d’autres formes d’exploitation de la force de travail existantes :

– le conquistador de l’outre-Atlantique introduit au moyen de l’encomienda, une forme d’organisation sociale, brutale et d’un « féodalisme très archaïque » (Jean-Claude Carrière, La Controverse de Valladolid, Paris, Pocket, 2012, cité p. 191), déjà expérimentée dans la péninsule ibérique tout au long de la Reconquista ;

– après la conquête militaire et les massacres, puis le choc microbien, les indigènes d’Amérique furent exploités et tués comme esclaves durant plus d’un siècle, se voyant progressivement remplacés par ceux venus d’Afrique non pour des motifs éthiques, mais parce qu’il y avait là des enjeux de rivalités de puissances : l’apanage de la conquête revint aux royaumes ibériques sous condition d’évangélisation selon les termes de l’Église. Devant l’opposition tardive de bien des ecclésiastiques (dont le fameux Bartolomé de Las Casas), puis les condamnations officielles plus tardives encore de l’Église qui pouvaient être utilisées à leurs dépens par les royaumes concurrents, les colonisateurs ibériques durent se tourner vers des esclaves de substitution qui pourtant leur coûtaient plus cher, déjà exploités dans des formes concentrationnaires sur les îles conquises par les Portugais au XVe. S’ajoute enfin un dernier point d’explication : la défense progressive des Indiens par les royautés conquérantes fut pour elles une opportunité aussitôt saisie de raffermir la souveraineté de leur puissance coloniale ;

– La traite négrière se continua jusqu’au mitan du XIXe, sans l’ombre d’une condamnation de l’Église par ailleurs. Dans la traite atlantique se manifeste l’esprit du capitalisme, bien davantage que dans le protestantisme comme le déclare Weber : la traite se développant, la main d’œuvre servile devint bon marché et l’approvisionnement plus sûr, il fut ainsi envisageable économiquement d’intensifier l’exploitation en se souciant encore moins de la conservation de la vie de l’esclave, tendant ainsi vers un dispositif concentrationnaire ;

Il y a de quoi s’étonner par ailleurs que l’on puisse affirmer que la dynamique capitaliste eût conduit à la civilisation, à considérer donc que l’Indien accéda grâce à l’esclavage à la civilisation. Et l’auteur d’interroger : « Sur quel fondement anthropologique, en effet, disqualifier a priori un mode de vie qui privilégie le temps libre au « travail agricole régulier » ? »

Justification par le racisme et devenir-marchandise de l’homme sans propriété en régime capitaliste

L’auteur explique très bien dans son ouvrage que le racisme vient comme la sanction idéologique de l’exploitation impériale et capitaliste :

Alors que l’Indien fut un esclave moins coûteux pendant une bonne partie du XVIe siècle, c’est parce que l’essor de la traite atlantique rendit l’esclave africain meilleur marché et que l’Indien devint plus coûteux, que la hiérarchie sociale, auparavant défavorable à l’Indien, s’inversa. Le préjugé racial apparaît ainsi tout à fait corrélé à l’organisation économique et sociale et l’imaginaire colonial qui la sous-tend et la justifie.

Peinture de la série Life of Washington de Victor Arnautoff

Il est à observer d’autre part que la différence juridique de traitement entre Indiens et esclaves noirs, adoptée par les conquistadors dans le sillage de l’Église pour les raisons précitées, prend son fondement dans une distinction entre une capture d’autochtones qu’il s’agit d’évangéliser et l’achat d’étrangers privés de droit puisque, selon Carl Schmitt la « saisie de terres » fonde le droit (Carl Schmitt, Le nomos de la Terre, Paris, PUF, 2012). Aussi dans cette représentation, les Africains peuvent-ils être sans dommage la propriété privée de colons cependant que les autochtones sont les sujets de la puissance théologico-politique s’accaparant les terres découvertes. Les uns sont achetés comme marchandises, les autres sont des sujets des Couronnes souveraines, bien que pouvant dans le cadre de la propriété privée être brutalement asservis. Abondant en ce sens, Locke, figure du libéralisme philosophique et politique, en viendra un peu plus tard à rejeter l’esclavage comme modèle de société politique tout en l’admettant comme pratique privée.

La civilisation capitaliste, si l’on peut user de cet oxymore apparent, s’impose comme le règne de la propriété, de sa préservation, corrélée à la mise au travail forcée des populations nomades. La chasse à l’homme est ainsi une des modalités importantes du pouvoir de police, émergeant selon Chamayou comme « un instrument de classe, […] principal moyen de la mise au travail des dépossédés, de leur dressage et de leur insertion par la contrainte dans ce qui allait devenir le marché du travail salarié. » (Grégoire Chamayou, Les chasses à l’homme. Histoire et philosophie du pouvoir cynégétique, Paris, La Fabrique, 2010, cité p.362). Aussi le « sauvage », souvent nomade, se trouva-t-il principalement soit capturé, soit repoussé (Amérique du Nord). A l’occasion de ses réflexions à ce sujet, l’auteur met au jour l’implicite inavoué d’un penseur de la propriété comme Locke, qui affirme que « c’est parce qu’un homme est capturé à l’occasion d’une guerre qu’il perd légitimement son droit de propriété » (John Locke, Traité du gouvernement civil, Paris, Flammarion, 1992). Segré renverse cette proposition, laissant apparaître son ressort véritable : « c’est parce qu’il n’est pas propriétaire qu’un homme est légitimement capturé » (p.363).

Quant au degré de cruauté et de brutalité que constitue l’esclavage, les musulmans et les chrétiens prirent chacun une part considérable dans la déportation et l’asservissement de milliers d’Africains. Les chiffres relevés dans les travaux historiques concourent à souligner cette ampleur partagée. Il n’y a donc pas lieu de relativiser une part au détriment de l’autre, sinon dans une visée a posteriori et foncièrement impérialiste.

La proposition égalitaire ou la puissance véritable

Loin de succomber à l’attribution d’une supériorité culturelle à telle ou telle population, qui serait à même d’expliquer l’histoire et à la justifier, Segré invalide un discours tel que celui de Todorov où existe une « correspondance entre le stade d’évolution technique et une technologie du symbolisme ». Car le critère d’évaluation de la puissance technologique ne peut se résorber dans sa dimension matérielle, et l’auteur de rappeler avec Jared Diamond la richesse et la sophistication de la langue des Iyau de Nouvelle-Guinée. La puissance ne se mesure donc pas uniquement, comme le veut Carl Schmitt, à l’aune du rapport de force. Elle peut en effet s’estimer relativement à la « réciprocité des besoins » dont parle Fernand Braudel.

La proposition politique qui innerve chaque page de cet ample ouvrage et qui motive la démarche de l’auteur, nous paraît se structurer autour d’une dualité toujours présente à chaque situation historique : y résident et la possibilité d’une puissance comme rapport de force matériel, et celle d’une « réciprocité des besoins ». Le premier versant de cet antagonisme pourrait être appelé réactionnaire, le second égalitaire, l’un justifiant et perpétuant la servitude, l’autre ouvrant à un affranchissement se réalisant notamment dans la réappropriation collective, où semble présider le postulat d’une égalité des intelligences et des capacités. C’est ce qu’illustre de façon probante l’exemple mobilisé par le philosophe, à savoir la bataille de Midway (juin 1942), où l’armée américaine doit sa victoire non point aux postes de commandement mais aux ouvriers et ouvrières qui, « de leur propre chef et sans ordres écrits, transformèrent un navire presque ruiné en un arsenal flottant » (Victor Davis Hanson, Carnage et culture – Les grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2010, cité p. 118). Existe donc au sein même du « travail de la guerre » (Ernst Jünger, Le Travailleur, Paris, Christian Bourgois, 1989) au potentiel destructeur, un autre potentiel, lui « créateur dans le cadre d’une dynamique de réciprocité ». Là où les classes possédantes, par leurs conditions, tendent à préserver l’inertie sociale, économique et politique, la classe ouvrière, celle qui ne subit pas le joug des seigneurs du capital, et est exempte de l’enrôlement fasciste, est davantage transformatrice.

Cet affranchissement bien souvent prend dans l’histoire la figure de l’étranger, « celui qui n’est pas un fidèle, un sujet, celui qui n’a pas juré obéissance, celui qui, dans la société féodale, est « sans aveu » »(Jacques Le Goff , La civilisation de l’occident médiéval, Paris, Flammarion, 2019, cité p. 427). I. Segré nous montre en somme que l’affranchissement est une des dynamiques de l’histoire humaine, une possibilité toujours présente et discernable, une brèche dans le discours du bourreau.

Dormiens Silvam