Hommétiquette

Dans la nasse, Le spectateur émancipé

J’ai acheté un livre puis deux puis trois

J’ai acheté des piles et ai garni les étagères de mon galetas

J’ai acheté des lots à n’en plus savoir quoi faire

J’ai acheté la promesse d’un imaginaire scellé

J’ai acheté l’enclosure de mes désirs

Dans un carton dans un emballage ficelé

J’ai acheté les rêves sans sourciller

Avec la main tremblante de l’acheteur docile

J’ai acheté la vie j’ai acheté un peu d’heure pour moi-même

J’ai acheté mes pleurs mes joies ma libido

J’ai acheté mon sommeil l’image de nourritures

J’ai acheté la romance le baume la froidure des morts

J’ai acheté mon enterrement mes amitiés lointaines

J’ai acheté des explications pour me justifier

J’ai acheté un ailleurs un outre-monde plus vivant

Où respirer J’ai acheté l’oxygène des cimes

Avec un guide de montagne

J’ai acheté le monde les langues les autres

J’ai acheté ce que je ferai demain

J’ai acheté mon avenir déjà-là mon passé de circonstance

J’ai acheté le travail lui-même j’ai acheté l’odeur la pestilence

L’arôme le goût les bruits les couleurs les saisons

J’ai acheté l’idée d’une maison

J’ai acheté mon compte mes lignes de calcul

J’ai acheté mon voyage ma marche mes pieds

J’ai acheté ma santé mes rimes mes soupirs 

J’ai acheté de naître de vivre et de mourir

J’ai acheté l’illusion d’être l’auteur de moi-même

J’ai acheté le doute l’ouverture d’esprit

J’ai acheté l’étiquette en toute chose

Car tout est chose à acheter

Marchandise

Et de soi l’étiquette